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mardi 22 septembre 2009

La stratégie du pigeon


N'ayant toujours qu'un accès internet occasionnel, je vous livre ce message plus long qu'à l'accoutumée.

Avec les beaux jours, une nuée de pigeons voyageurs s'est abattue sur les commentaires de ce blog, vous l'avez peut-être constaté. Ils ont commencé par des messages obscurs, puis ont daigné dévoiler le fond de leur pensée. Si la forme de leurs messages peut heurter par les monceaux de condescendance qu'ils déversent sur leurs pauvres lecteurs abasourdis, il ne faut pas passer à côté du contenu. Les thérapeutes que nous sommes savent bien que l'agressivité, le mépris et la condescendance peuvent masquer un message intéressant.

Essayons de résumer le point de vue de ces roucouleurs compulsifs, concernant la constitution d'un patrimoine hors CARPIMKO :

1) L'assurance-vie investie sur des fonds en euros ne rapporte rien.

On ne peut qu'être d'accord. Actuellement, sur ces produits sécurisés (tant que l'Etat n'est pas en faillite), il faut compter 3% de rendement, après les prélèvements sociaux. Dans mes notes sur l'effet de levier, j'ai montré qu'il était très difficile de compenser les carences de la CARPIMKO avec une épargne progressive qui présente un rendement si bas. Rappelons qu'il faut 800 000 euros, placés à 3%, pour obtenir un complément de retraite de 2000 euros par mois.
Si l'inflation remonte à 3%, l'assurance-vie sur fonds en euros ne sera même plus une épargne, mais juste un maintien de pouvoir d'achat. Et pourtant, ce type de produit est celui que plébiscitent les Français, après le livret A. La peur du risque paralyse l'épargnant aussi sûrement que du curare.

2) Pas de contrats retraite Madelin.

Là aussi, je suis d'accord (voir ma note sur les contrats Madelin). Ces contrats sont contraignants, ce sont de vrais tunnels. Si leur rendement peut être dopé par des SICAV actions,il peut aussi être plombé par la révision des tables de mortalité, qui abaissent toujours les pensions versées. Ajoutons que l'âge de déclenchement du versement de la rente dépend de l'âge officiel de la retraite, qui peut évoluer un jour vers 67 (comme en Allemagne) ou 70 ans.

3) Surtout, pas d'immobilier, sauf si le locataire est le propriétaire, par exemple en possédant son cabinet.

Etre propriétaire et locataire est effectivement une garantie de paiement de loyer. Je possède par exemple 52% de nos murs, mais je ne paie que 20% du loyer, puisque nous sommes 5 associés. Et ce bonheur se reproduit chaque mois ;-)

Doit-on néanmoins fuir l'immobilier locatif, autre qu'avec soi-même ? C'est assez tentant, malgré les carottes fiscales sur les constructions neuves : cela évite les mauvais payeurs, les tracas et l'absence de locataire. Ajoutons aussi les taxes de plus en plus décourageantes : la taxe foncière folle (au pays des Teletubbies, elle serait indexée sur l'AMO), la taxe RSA, la CRDS, la CRL pas complètement supprimée en 2006, ou encore le nouveau projet de taxation éternelle des plus-values. Autre argument de nos ramiers : la bulle immobilière n'est pas dégonflée. Enfin, pour eux, "immobilier" rime avec "défiscalisation" et donc avec "piège à c..".

Je persiste à penser que pour ceux qui partent de zéro, l'immobilier bien choisi constitue un excellent catalyseur, grâce à l'effet de levier du crédit. Bien sûr, je ne dirais pas que les logements que j'ai acquis m'assurent une tranquillité sans nuage. Mais le patrimoine obtenu, pour un effort d'épargne très supportable méritait cet effort : quand tout sera remboursé, l'ISF m'attendra au tournant. N'oublions pas les parts de SCPI, qui permettent de ne s'occuper de rien. Celles que je possède résistent très bien à la crise, avec des prix de parts et des dividendes (loyers) qui n'ont pas baissé. Un bon conseiller peut aider à sélectionner les SCPI bien gérées.

4) Conséquence logique, si l'on cherche à dépasser le livret A ou les 3% qu'offrent les fonds en euros des assurances-vie : il faut investir en bourse, donc acheter des SICAV ou des titres vifs (actions en direct).

L'un des investisseurs à plumes grises est d'ailleurs passé nous voir ce week-end, tout content (à juste titre) d'avoir inverti sur une SICAV dédiée à l'Inde. Avis aux suivistes : quand un fonds a énormément monté, ce n'est peut-être pas le meilleur moment d'y entrer. C'est facile à comprendre : si j'escalade la falaise qui surplombe la plage de Fécamp, j'aurai réussi une performance sympathique, mais je ne pourrai pas monter plus haut. On lit partout que "la performance passée ne préjuge pas des performances futures" et que "les arbres ne montent pas jusqu'au ciel". Enfin, ce fonds LU0066902890 a tout simplement retrouvé son cours d'il y a un an, en le dépassant même légèrement. Quand on perd 50%, il faut ensuite gagner 100% pour revenir au point de départ. Saluons malgré tout cette jolie performance.

Bien évidemment, d'autres fonds et de nombreux titres vifs recèlent un fort potentiel en ce moment, malgré la hausse de 2009 : on reste très loin des cours de 2007. Mentionnons aussi les valeurs de rendement : ce sont des actions qui versent de gros dividendes. Citons par exemple France Télécom ou Vivendi qui versent 7 %, ou ABC Arbitrages qui culmine à 12 % de rendement.

Mais plus globalement, ce type de placement nous est-il bien adapté ?

Le pour :
- C'est historiquement le meilleur des placements, sur le long terme. Le tout est d'avoir l'estomac bien accroché.
- Ceux qui exercent leur métier de manière sédentaire ont en permanence la possibilité de surveiller l'évolution des marchés. Cela leur permet une réactivité maximale.
- Les actions ayant plongé de manière surréaliste l'an dernier, elles peuvent avoir encore un potentiel de hausse. Il vaut mieux entrer en bourse en bas de cycle qu'en haut.
- Certaines actions n'ont pas encore profité de la hausse de 2009. Avec la rotation sectorielle, les gros investisseurs vont finir par s'intéresser à ces actions délaissées et elles pourraient grimper à leur tour. Citons par exemple Sanofi ou Vivendi, qui viennent seulement de commencer à remonter la pente.
- Depuis notre bureau, nous pouvons investir à Paris, mais aussi n'importe où dans le monde. On peut donc diversifier les types d'entreprises dans lesquelles on entre, mais aussi les pays. Cela permet d'aller vers ceux qui ont le plus de potentiel, tout en intégrant le risque. Je viens par exemple d'acheter des parts d'un tracker indexé sur la bourse du Brésil.
- L'analyse des marchés boursiers est extrêmement intéressante. Elle permet de mieux appréhender les rouages de l'économie, et donc de comprendre ce qui régit le monde, mieux que 3 ans de cours d'économie au lycée. D'ailleurs, offrir des actions à un adolescent est AMHA une excellente idée.
- Si l'on a fortement épargné dans l'immobilier, il est raisonnable de se diversifier dans les valeurs mobilières.

Le contre :
- L'argent investi en bourse peut est théoriquement disponible immédiatement. En réalité, il ne faut jamais placer des sommes dont on pourrait avoir besoin du jour au lendemain : cela peut contraindre l'épargnant à vendre dans les pires conditions, donc avec de fortes pertes. Néanmoins, ce point s'avère peu important lorsqu'il s'agit d'épargne à long terme.
- Il faut avoir les nerfs solides. Un moyen de mieux supporter les périodes de baisse est l'investissement programmé : mettre chaque mois la même somme sur les mêmes actions. Si elles baissent, vous en achetez plus pour le même prix. En revanche, quand les marchés montent, c'est moins intéressant. L'investissement programmé lisse les excès, dans les deux sens.
- La principale objection que je mettrais à la bourse est d'ordre culturel. Je doute que nos collègues soient prêts s'y mettre, pour plusieurs raisons. La première concerne tous les Français : dans notre pays, l'actionnaire est souvent présenté comme la lie de l'humanité. Il est encore pire que le propriétaire loueur : il cause la perte des salariés. Il ne manquerait plus qu'il roule en 4x4 et le tableau serait complet ;-) Or, les membres d'une profession altruiste ne sont pas enclins à devenir la lie de l'humanité. Second obstacle, je rencontre généralement des collègues qui ne s'intéressent pas du tout à l'argent. Ils ou elles ont conscience des risques qui pèsent sur la CARPIMKO, mais ne veulent pas consacrer une partie de leur temps libre à apprendre les rouages du système. Pour ceux-là, la gestion déléguée existe. Mais de toute manière, la peur du risque les oriente bien plus vers les fonds en euros des assurances-vie. On peut les comprendre : les krachs de 2001 et de 2008 ont été très médiatisés.

Après avoir pesé le pour et le contre, à chacun de se décider. Personnellement, je mets actuellement un orteil dans la bourse. La constitution d'un portefeuille équilibré est extrêmement intéressante, j'y ai beaucoup réfléchi avant d'acheter. Pour l'instant, il monte... Mais je fais cela après avoir beaucoup misé sur l'immobilier : il est temps de diversifier. Après cela, la CARPIMKO peut fermer : je suis tranquille. A chacun son Graal : le mien est en passe d'être atteint.

mercredi 9 septembre 2009

Coupé du monde


Allez, un petit post de rentrée pour vous dire que... je ne peux pas poster ! Mademoiselle Alice a coupé mon accès internet le 4 août en dégroupant notre commune. Vive le progrès. La ligne est si bien dégroupée qu'elle est inutilisable. Après bien des appels, on nous promet un technicien sous 15 jours, depuis 3 semaines. Dans le monde moderne, les semaines sont plus courtes.

Ca m'a laissé du temps pour méditer sur la suite des événements. Merci à tous ceux qui m'ont écrit cet été ou qui ont laissé leurs commentaires sur les articles ! Je reprendrai donc le cours de mes posts dès que Mademoiselle Alice aura daigné mettre enfin les mains dans le cambouis.