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mercredi 14 décembre 2011

Master en orthophonie : le brouillard se dissipe




Nos deux ministres de tutelle se sont exprimés hier sur Facebook en ces termes :

"Bonjour,

Nous avons reçu de votre part, et de la part d’autres orthophonistes, étudiants ou professionnels en exercice, un message sur la réforme de la formation actuellement en cours. Nous avons bien entendu les inquiétudes et les questions soulevées par cette réforme, nous savons qu’un certain nombre de contre-vérités circulent et qu’il y a au final beaucoup de confusion.

Xavier BERTRAND a donc tenu à recevoir la Présidente de la FNO il y a dix jours, et tous les deux nous tenons aussi à vous répondre directement, pour vous expliquer clairement et simplement les choses.

Vous le savez, comme nous le faisons pour tous les paramédicaux, nous rénovons la formation des orthophonistes pour la mettre en phase avec les standards européens.

Aujourd’hui comme demain, il n’y aura qu’un seul diplôme d’exercice : c’est le certificat de capacité. C’est un diplôme unique et qui le restera. De même, il n’y a qu’un seul décret d’actes, indivisible, et c’est lui qui pose le cadre de votre métier. C’est bien une, et une seule, profession. Nous ne voulons pas d’une profession à deux vitesses.

Ainsi votre formation sera mieux reconnue qu’aujourd’hui car valorisée à Master 1. Nous vous garantissons ce M1 pour tous les futurs orthophonistes, c’est-à-dire 240 ECTS, soit un potentiel de plus de 6000 heures de formation. Ainsi, la formation sera plus riche, harmonisée entre les facultés, et vous aurez en plus, des perspectives de progression universitaire d’une ampleur qui n’existait pas jusqu’à présent.

C’est une avancée pour les orthophonistes et ça ne changera rien pour les patients. Le patient est attaché à son orthophoniste et il n’y a aucune raison que cela change. Aujourd’hui comme demain, toute personne victime d’un AVC, d’Alzheimer, d’une maladie dégénérative ou toute autre pathologie pourra prendre son annuaire et choisir l’orthophoniste de son choix. Le décret d’actes ne change absolument pas. Tous les orthophonistes pourront continuer à prendre en charge tous les patients, dans tous les champs d’exercice de votre métier, en tout point du territoire, c’est une garantie absolue, et c’est essentiel pour les patients et leurs proches.

Pour autant, revenons en détail sur les deux points qui vous concernent :

1. La formation des orthophonistes sera mieux reconnue. La formation est actuellement équivalente à un BAC+2 ; elle sera désormais reconnue en BAC+4 (niveau M1) .

Nous rappelons d’abord que la formation actuelle est définie par décret. Elle comporte 2840 heures stages inclus, avec, nous ne l’oublions pas, du temps de travail personnel ; pendant longtemps, cette formation durait 3 années. Les universités ont progressivement choisi de répartir cette formation sur 4 années. Nous ne remettons pas en cause ce choix : non seulement cette durée convient à l’organisation des universités, mais en plus cela permet désormais, si l’on suit les standards européens, d’enrichir très fortement la nouvelle formation par rapport au décret précédent. En effet, la nouvelle formation vaudra 240 ECTS : c’est un progrès en terme de reconnaissance. Par conséquent, avec la formation rénovée, on a la même enveloppe (4 ans de formation), mais c’est une enveloppe qui représente vraiment Bac+4.
Nous entendons certains dire qu’il faudrait une formation de 5 ans minimum (300 ECTS, soit 9000 heures): c’est comme si tout d’un coup 4 ans ne suffisaient plus pour former de bons orthophonistes ! Nous, nous ne le croyons pas. Pour nous, les orthophonistes aujourd’hui sont déjà de vrais et de bons professionnels.

Ce qui guide notre action, en rénovant les formations initiales, ce n’est pas de rajouter toujours plus de « couches de connaissances » dans une maquette ancienne, c’est de repenser complètement la formation, pour donner des bases solides et amener l’étudiant à pouvoir entrer dans le milieu professionnel, exercer son métier et progresser tout au long de sa vie.

Nous vous disons cela en tant que ministres, chargés de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de la Santé, mais aussi du Travail et de l’Emploi. Notre responsabilité, c’est de favoriser la recherche et, dans le même temps, de ne pas rajouter des obstacles à l’accès à l’emploi. Or vous le savez, plus on ajoute des années d’étude pour exercer un métier, moins le métier est accessible. Nous, nous voulons que notre système de santé conserve son rôle d’ascenseur social pour ceux qui ont choisi ces métiers au service des autres, et nous devons tous ensemble préserver la diversité du recrutement sur les métiers de la santé. D’ailleurs, la formation d’orthophoniste est déjà très sélective.


2. La nouvelle formation offre des perspectives de progression universitaire qui n’existaient pas jusqu’à présent, à travers la construction de masters 2. De quoi parle-t-on exactement ? On parle de formations complémentaires. Disons le très clairement : les formations complémentaires, les orthophonistes en font beaucoup déjà aujourd’hui.

Plusieurs d’entre vous nous disent d’ailleurs que ces formations servent à pallier l’insuffisance de leur formation initiale, c’est bien pour ça qu’il nous faut la réformer et l’enrichir, c’est ce que nous allons faire ensemble avec la formation amenée au niveau M1.

D’autres orthophonistes nous disent aussi qu’ils suivent des formations, parfois de très haut niveau, à titre de complément, pour approfondir un sujet qui les intéresse particulièrement. Aujourd’hui, ces formations complémentaires ne bénéficient pas forcément d’une reconnaissance universitaire, alors qu’elles pourraient donner lieu à la construction de masters 2. C’est cela que nous proposons : offrir la possibilité, à ceux qui ont envie de s’inscrire dans un parcours de formation complémentaire, d’accéder à des formations reconnues par les universités, de formations M2, qui seront donc accessibles tout au long de la vie. Ca aussi, c’est une chance pour tous les orthophonistes.
C’est notre devoir d’accompagner cette aspiration, parce que c’est un progrès pour la profession. C’est notre devoir de reconnaître et d’entendre ceux qui veulent faire évoluer la recherche et les pratiques de leur profession, et qui donc aspirent à un parcours universitaire complémentaire par rapport à la formation destinée à l’exercice. Et le M2, c’est une étape dans ce parcours, c’est l’occasion pour certains orthophonistes d’aller plus loin dans la recherche, et de bénéficier d’une « marche » intermédiaire jusqu’au doctorat.

Enfin, ces formations complémentaires de niveau M2, c’est aussi la possibilité d’aller dans le sens du rapport Hénart-Berland-Cadet, et donc d’aller encore plus loin. Vous le savez, ce rapport propose de confier encore davantage d’autonomie et de responsabilité à certains professionnels formés notamment à pratiquer des actes réservés jusqu’alors aux personnels médicaux Ces compétences-là, qui permettent d’étendre encore le champ des professions comme la vôtre, nous pensons qu’elles justifieraient des formations supplémentaires.

Soyons clairs : ce n’est pas un orthophoniste qui fera concurrence à ses
collègues, c’est un orthophoniste qui fera un nouveau métier (le rapport propose le terme de « paramédicaux praticiens ») : il sera chargé, par exemple, de gérer un réseau de prise en charge. C’est cela qu’on appelle les pratiques avancées, ce sont des nouveaux champs de compétence à conquérir, et, nous, nous croyons que les paramédicaux méritent que l’on prête attention à cette demande, nous pensons qu’elle est légitime, que nous devons donc y réfléchir ensemble et expérimenter ce que ça peut donner concrètement. Pour conclure, il nous faut être tous très attentifs à un objectif essentiel : celui consistant à offrir aux étudiants, dès la rentrée 2012, la nouvelle formation, afin que la promotion 2012-2016 ait un certificat de capacité pleinement reconnu au niveau européen. Pour cela, la nouvelle maquette doit être finalisée très rapidement. Nous comptons sur les membres du groupe de travail pour se réunir très vite, parce que c’est dans l’intérêt de tous les orthophonistes. Le ministère chargé de la Santé, tout comme celui chargé de l’Enseignement supérieur, auront toujours la volonté de dialoguer. Quant au travail sur les masters 2, si la profession n’est pas prête à y aller, nous l’attendrons.

Xavier BERTRAND Ministre du Travail, de l’Emploi et de la Santé
Laurent WAUQUIEZ Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche"


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Cette lettre me paraît rassurante pour le court terme. Il se confirme bien que nous ne perdrons ni la neuro ni l'ORL en 2012. Concernant les 30 ECTS supprimés de la formation initiale, on peut aussi discuter comme des marchands de tapis sur le nombre d'heures de travail personnel, bien que cela ait déjà été fait avec une méthodologie officielle que la FNO n'a pas sortie de son chapeau. Personnellement, ce n'est pas la 4ème année que j'ai trouvée vide, ce sont les 1ère et 2ème. Mais on ne peut pas généraliser parce que c'était dans une école parmi 12 et que nous étions au début du passage à 4 ans d'études. En revanche, ce qui a été dit au ministère sur nos mémoires de fin d'études constituait une véritable insulte. Passons sur tout ça : discuter à n'en plus finir sur 30 ECTS en plus ou en moins, cela nous donne des arguments sur la qualité des soins, mais les ministères y sont hermétiques.

A moyen terme, je trouve la création d'un second métier extrêmement dangereuse, parce qu'il sera très facile de remettre en cause le décret de compétences et la nomenclature. N'importe quel apprenti sorcier, successeur de Xavier Bertrand, pourra transférer nos compétences sur les M2, ou sur un 3ème métier qu'il créerait par la suite.

Imaginons par exemple qu'on leur transfère simplement le bilan, comme le disait Marc Le Fur la semaine dernière. S'il y a 5 ou 6 M2 par département, ils s'agglutineront dans les grandes villes, comme toujours, avec d'énormes listes d'attente. Les orthophonistes ruraux seront alors les premiers à faire faillite, parce qu'une bonne partie des gens refusera d'aller à Big City : 100 km pour un bilan, tout le monde n'est pas prêt à les parcourir. Les orthophonistes urbains seront aussi coincés, à cause des listes d'attente des M2.

Imaginons aussi qu'on nous retire le langage écrit, pour le donner à un 3ème métier : faillite aussi, du jour au lendemain.

Voilà pourquoi je suis extrêmement inquiet. Pas pour le court terme, mais pour le moyen terme. Maintenant, il semble que les positions respectives tendent à se raidir. Les ministres ont clarifié le court terme et ne souhaitent plus discuter d'autre chose que du nouveau métier qu'ils veulent créer. La FNO ne démord pas de sa position éternelle, à raison. Ce n'est pas de l'hystérie, comme on a pu le lire ici ou là. Il s'agit de la préservation de notre avenir. Les ministres peuvent toujours chercher à nous rassurer sur le court terme, pour nous anesthésier. Sachons voir les conséquences lointaines de leurs agissements potentiellement mortifères.