Venez discuter sur le FORUM ORTHOGESTION

jeudi 20 février 2014

La FNO nous sonde.




La FNO prépare des "assises de l'orthophonie" (il est vrai que nous travaillons peu debout). Elles commenceront cette année et s'achèveront l'an prochain. Si j'ai bien compris, elles sont censées servir de base à la rédaction d'un texte d'orientation qui encadrera l'action du syndicat entre 2016 et 2019. Vu sous cet angle, c'est un exercice louable de démocratie participative. Pour préparer ces assises, tous les orthophonistes sont invités à répondre à un questionnaire :
https://fno.sharingcloud.eu/public/fno/sharingcloud/id_39733/p_showPoll/?itemID=16

On y trouve des questions auxquelles personne ne pourra répondre "non", comme celles-ci :
"Selon vous, dans le cadre de l’exercice libéral, l’évolution de la convention nationale pourrait porter sur : 
  •  la simplification administrative (ex. : dématérialisation des pièces administratives…) ? [...]
  •  l’augmentation des contreparties au conventionnement (participation plus importante des caisses aux charges sociales…) ?
  • l’augmentation de l’A.M.O., I.F.D., I.K. ?"
Il manque la baisse des charges, le 100% et la dispense d'avance pour tous les patients, la retraite sans perte de revenu à partir de 5 ans d'exercice, ou encore l'arrêt de la guerre en Syrie ;-) Un autre exemple :
"Pensez-vous que l’installation de nouveaux cabinets d’orthophonie doit être davantage encouragée dans les zones très sous-dotées ?"

A l'inverse, on relève aussi des questions où l'on sait à l'avance que la majorité des sondés répondra négativement : "La détermination des zones de très sous-dotées à sur-dotées correspond-elle à votre perception du terrain ?"
"Selon vous, dans les zones sur-dotées, l’installation d’un nouvel orthophoniste doit-elle être conditionnée par l’arrêt d’activité d’un orthophoniste exerçant déjà dans cette zone ?"


Une partie très intéressante concerne le développement de l'interprofessionnalité, avec malgré tout quelques questions induisant encore la réponse : "Selon vous, le rôle et la place du patient dans la décision et le déroulement des soins sont : primordiaux / secondaires". Je suppose que ce type d'item permettra ensuite à la FNO d'affirmer qu'une majorité écrasante des orthophonistes souhaite inclure les patients dans le déroulement de leurs soins. J'imagine mal les collègues répondre qu'ils préfèrent imposer les soins et les effectuer tout seuls :-D

La partie D du questionnaire est primordiale. Elle concerne notre statut et nous éclaire sur les intentions de l'équipe qui dirige actuellement le syndicat. Les questions 22 et 23, notamment, montrent qu'une réflexion a lieu actuellement dans les hautes sphères sur le maintien de la prescription médicale, au moins en cas d'urgence et pour certaines pathologies, voire pour toutes les pathologies. A mes yeux, cette possibilité possède le charme qu'une plante carnivore peut exercer sur une mouche. S'affranchir de la tutelle des médecins peut paraître agréable, tant sur le plan pratique que pour améliorer notre égo d'auxiliaires médicaux.

Mais suspendons notre vol deux minutes avant de nous poser sur la belle plante si attirante et réfléchissons. L'obtention du grade master pour les futurs collègues ne doit pas nous monter à la tête et nous transformer en grenouilles qui veulent se faire aussi grosses que le médecin. Les pharmaciens sont docteurs, mais ils ne peuvent pas vendre des antibiotiques sans ordonnance. Le master n'est donc pas un argument solide. Par ailleurs, je doute fort que les médecins acceptent de nous laisser faire. Et je doute encore davantage que les caisses remboursent des soins non prescrits. Les caisses auraient beau jeu de dire : "Puisque vous voulez l'indépendance des psychologues, nous vous déconventionnons. Merci pour tout ce que vous avez fait depuis les années 60, bon vent et au revoir."

Vous l'aurez compris, je sors très inquiet de la lecture de ce questionnaire. Entre le statut d'auxiliaire médical et le sublime isolement sans patients, le choix est vite fait. J'espère ne pas être digéré par la plante carnivore à cause de collègues qui n'auraient pas pensé aux conséquences d'une idée tentante.