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vendredi 26 août 2016

L'investissement paresseux - Partie 1 : pourquoi ?



Je commencerai cet article par une évidence : en France, les paramédicaux libéraux sont contraints de fabriquer leur propre protection sociale. Si le conventionnement nous assure une couverture maladie identique à celle des salariés, il en va tout autrement en ce qui concerne les arrêts de travail et la retraite. C'est dû aux faiblesses de la CARPIMKO : 90 jours de carence, montants versés risibles, etc. Jusque là, je ne vous apprends rien. Sur les réseaux sociaux, on commence d'ailleurs à voir de jeunes collègues qui écrivent qu'ils n'auront pas de retraite, au train où les choses se délitent, réforme après réforme.

Est-ce un mal ou un bien ? Nombreux sont ceux qui y voient un scandale. Je l'ai longtemps pensé aussi : pourquoi le pays protège-t-il mieux les salariés, sans parler des privilèges sidérants des fonctionnaires (ex : 0 jour de carence, faible baisse de revenu lors du départ en retraite, absentéisme sidérant mais toléré) ?

Je pense à présent qu'il faut en prendre son parti : les rapports de force étant ce qu'ils sont, il est inutile de chercher à améliorer nos droits. Allons même plus loin : notre mauvaise protection est une chance. Une chance de s'extraire du système qui infantilise nos concitoyens depuis 1945 et leur évite d'acquérir une culture économique. Une chance de découvrir le monde tel qu'il fonctionne réellement, loin des utopies. Autrement dit, une chance d'être de vrais travailleurs indépendants. Considérons la CARPIMKO comme un don désintéressé à nos aînés, voire éventuellement comme un petit socle qui nous paiera quelques dépenses quand nous aurons 75 ans. Et regardons ce que nous offre le vaste monde économique.

Beaucoup de collègues l'ont déjà compris et se sont penchés sur les assurances prévoyance et retraite Madelin, créées pour nous en 1994 par l'ex-chantre du libéralisme. J'ai déjà expliqué ici et ici ce que j'en pensais. Une autre option consiste à travailler suffisamment pour se mettre en mesure de constituer un patrimoine immobilier et boursier. La partie immobilière, en direct ou en SCPI, tente aussi beaucoup de gens. Elle permet de bénéficier de l'effet de levier du crédit, que j'avais décrit ici. L'assurance du prêt permet aussi d'envisager plus sereinement le risque de maladie grave. L'immobilier reste à mes yeux une bonne solution d'amorçage, quand on part de rien. Le risque locatif est à craindre, mais le choix des SCPI permet de le mutualiser, d'autant qu'elles savent se diversifier. Immorente, par exemple, a commencé à acheter des locaux à l'étranger, mais aussi des campings. Je possède un petit bout de tout ceci, alors que je n'aurais jamais acheté un camping tout seul, ni un local commercial en Allemagne.

Mais comme chacun sait, il faut éviter de mettre tous ses œufs dans le même panier. L'immobilier, même en SCPI, ne doit pas être l'alpha et l'oméga d'un patrimoine raisonnable. Cela implique des achats de valeurs mobilières (actions, obligations). Une approche prudente les cantonne souvent au fonds en euros d'une assurance-vie classique ou Madelin : il rapporte plus que le livret A et le capital est garanti. Le problème, c'est qu'avec la baisse des taux d'intérêt, le rendement des fonds en euros fond lui aussi. Si l'on y ajoute les frais que prennent beaucoup de compagnies et le hold-up légal organisé le 14 juillet dernier par le gouvernement, on obtient un placement qui ne présente plus grand intérêt pendant la phase de constitution du patrimoine. Il faut maintenant se résoudre à intégrer le risque dans notre équation.

Les particuliers ont montré un bref engouement envers les actions lors des privatisations de 1986. A l'époque, TF1 tenait une rubrique boursière digne de ce nom chaque midi ! Elle ne se contentait pas de dire qu'il faisait chaud en été et froid en hiver. Mais les krachs boursiers de 1987, 2001 et 2008 ont douché ce bel enthousiasme et TF1 s'est repliée sur ce qui intéresse les gens, selon elle. Pourtant, sur le long terme, les actions restent un excellent placement, surtout si l'on intègre les dividendes dans le calcul.

Bien des gens sont convaincus de l'intérêt des actions, mais il est difficile de se jeter à l'eau quand on ne sait pas nager. J'ai déjà évoqué ici (et dans les Clés de la Réussite) les SICAV et les FCP, qui permettent de déléguer la gestion des actions à des gérants dont c'est le métier. Pour défiscaliser les gains, on peut loger ces fonds dans une assurance-vie classique ou Madelin, mais aussi dans un PEA. Les frais de gestion peuvent être limités en ouvrant ces contrats sur le web (ex : Fortuneo, Boursorama). Ce concept comporte cependant plusieurs limites, qui constituent autant de freins :
  • La liste des fonds disponibles est gigantesque, surtout sur les contrats en ligne. De leur côté, les banques et les assurances commercialisent des contrats à faible choix, mais avec un rendement souvent moyen et des frais démentiels. Il faut bien payer leur réseau d'agences.
  • Cela demande tout de même un apprentissage, donc du temps, même si ce n'est rien en regard des boursicoteurs actifs qui achètent et vendent des actions tous les jours.
  • Les performances passées des fonds ne préjugent pas de leur avenir. Bien au contraire, il arrive souvent qu'un fonds qui a sur-performé pendant deux ans finisse par sous-performer l'année suivante, rejoignant ainsi la moyenne.
  • Les épargnants particuliers investissent souvent à contre-temps. Il n'est pas facile de garder ses fonds, voire d'en racheter, quand la bourse perd subitement 50% et que les médias annoncent la fin du capitalisme en insistant bien sur les faillites qui se succèdent.
C'est là où intervient une idée que j'ai découverte récemment, bien qu'elle existe depuis longtemps aux Etats-Unis où l'ensemble de la population se trouve dans notre situation peu sûre : la gestion passive. Les Américains l'appellent "lazy investing", investissement paresseux ! J'ai décidé que ma protection sociale allait marcher sur une jambe immobilière et une jambe paresseuse.

Pourquoi "paresseux" ? Parce qu'il ne faut y consacrer qu'une minute par mois, tant c'est simple, et qu'il n'y a pas besoin de se former. Warren Buffet, qui a pourtant réussi en sélectionnant ses actions année après année, confirme en ces termes l'intérêt de la gestion passive pour les particuliers :
« Mon conseil ne peut pas être plus simple : mettre 10% de son portefeuille en obligation d’Etat et 90% sur un fonds indiciel sur le SP500 à très faible coût. Je pense que les résultats à long terme seront meilleurs que pour les investisseurs s’appuyant sur des gestionnaires de fonds à frais élevés »
Autrement dit, il suffirait de mettre chaque mois 10% sur un fonds en euros et 90% sur un fonds qui reproduit l'évolution d'un indice boursier regroupant 500 grandes entreprises américaines, sans réfléchir davantage. On peut généraliser le concept en disant qu'il suffit de suivre un indice mondial, et non juste américain. Faire cela chaque mois (ou trimestre) permet de lisser le prix d'achat et d'acheter plus de parts quand la bourse baisse.

Le principe est tentant, non ?

Dans les parties suivantes, j'entrerai dans le concret en expliquant ce qu'est un fonds indiciel, comment le choisir et comment l'acheter. Je vous en indiquerai aussi quelques-uns, souvent conseillés pour leur solidité et la faiblesse de leurs frais de gestion. En attendant, la vidéo suivante vous donnera un bon résumé de ce concept fait pour les paresseux tels que votre serviteur :


Avertissement d'usage : comme tout ce qui figure sur ce blog, cette série d'articles ne reflète que mes choix de paramédical (donc non professionnel de la finance) qui tente de se constituer une protection ; vous seul êtes responsable de vos choix.

4 commentaires:

Anonyme a dit…

Faible baisse au moment de la retraite ? Jugement hâtif ou méconnaissance du fait que beaucoup de fonctionnaires ont des primes pour compléter leurs salaires ? Primes non prises en compte dans le calcul de la retraite. Cela n'enlève rien au fait qu'ils ont une meilleure retraite que la nôtre. Mais une bonne information ne sert que mieux notre cause.

Guillaume a dit…

Il y a aussi des primes chez les salariés. Quelques arguments chiffrés ici, concernant les fonctionnaires :

http://www.challenges.fr/economie/20130328.CHA7746/la-verite-sur-les-privileges-des-fonctionnaires.html

Mais comme je l'écris dans l'article, j'en ai pris mon parti. Nous ne représentons rien face aux millions de fonctionnaires, et encore moins face aux salariés. Vous parlez de cause, mais l'égalité de traitement des citoyens est une cause perdue en France. Il vaut mieux en prendre acte et tracer sereinement notre route sur un plan personnel.

Anonyme a dit…

Ce sont les mêmes qui bavent de jalousie lorsqu'ils regardent chez le voisin fonctionnaire mais qui, curieusement, ne se précipitent pas du tout alors que des dizaines de postes sont à pourvoir partout en France(neuro, ORL, centres référents,...). Curieux, non?

Pour info, la fainéante de fonctionnaire qui vous écrit fait 45 h par semaine mini et loge encore chez ses parents à la trentaine... ça fait rêver, hein, la vie de nanti?


Guillaume a dit…

Des dizaines de milliers de patients attendent aussi des soins en libéral, il y a une pénurie d'orthophonistes partout.

Concernant l'absentéisme et l'absence de délai de carence pour maladie, je ne les ai pas inventés et loin de moi l'idée d'être jaloux, puisqu'effectivement, il ne tient qu'à chacun de devenir orthophoniste fonctionnaire. Comme je l'ai expliqué dans l'article, j'en ai pris mon parti et je suis content d'être moins protégé par l'Etat parce que ça me donne l'occasion de prendre mes affaires en main.